Les Sages persistent et signent. Après une première censure en décembre 2012, le Conseil constitutionnel a confirmé jeudi le rejet du compte de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Privé du remboursement par l'Etat de quelque dix millions d'euros de frais de campagne, l'ex-candidat a aussitôt décidé de se retirer du Conseil.

"Devant la gravité de la situation et les conséquences qui en résultent pour l'opposition et pour la démocratie, Nicolas Sarkozy démissionne immédiatement du Conseil constitutionnel afin de retrouver sa liberté de parole", indique l'ancien chef de l'Etat dans un communiqué. En cause, le verdict des Sages, lesquels ont estimé que le montant des dépenses électorales du candidat UMP "excéd(ait) de 466.118 euros, soit 2,1%, le plafond autorisé". Au total, Nicolas Sarkozy a dépensé près de 23 millions d'euros. La loi prévoyant que sont remboursés 47,5% des dépenses engagées, il ne pourra ainsi prétendre à ce remboursement forfaitaire, qui équivalait pour lui à quelque dix millions d'euros.

"A coups de 60 à 70 000 euros, cela va vite"

Les Sages ne s'arrêtent pas là. En outre, l'ex-candidat UMP devra "restituer au Trésor public l'avance forfaitaire qui lui a été versée", soit 150.000 euros. Enfin, il devra verser au Trésor "le montant arrêté à 363.615 euros par la commission" des comptes de campagne correspondant au "dépassement du plafond" des dépenses. Le Conseil constitutionnel a par ailleurs estimé que 80% des frais du grand meeting de Villepinte le 11 mars 2002 auraient dû être portés au compte de campagne du candidat, et non 50% comme cela avait été fait. De même, auraient dû être réintégrés au compte de campagne les sommes engagées pour la réunion publique de Toulon le 1er décembre 2011.

Le 18 juin dernier, l'avocat de Nicolas Sarkozy avait plaidé devant le Conseil constitutionnel pour contester les calculs de la Commission nationale des comptes de campagne. Me Philippe Blanchetier avait a contesté le "bien-fondé" des "réintégrations de certaines dépenses". "A coups de 60 à 70 000 euros, cela va vite. Il y avait l'imputation de cabinets de conseil, des prestataires informatiques, des dépenses de propagande, engagées exclusivement par l'UMP pour les législatives et qui ont été remises dans les comptes de campagne....", avait-t-il détaillé après son audition.

La sentence tombe mal pour l'UMP, déjà confronté à des difficultés financières. Ses déroutes aux sénatoriales de 2011 et aux législatives de 2012 ont entraîné une baisse de la dotation publique de 10 millions d'euros. Pour éviter de mettre la main au porte-monnaie, Jean-François Copé devrait prochainement monter au front : le patron de l'UMP a d'ores et déjà annoncé qu'il réunirait le bureau politique du parti la semaine prochaine, "afin d'examiner toutes les conséquences de cette décision." François Fillon, lui, a décidé de faire entendre sa petite musique en

appelant sa "famille politique" à "assumer de manière solidaire les conséquences financières" de ce rejet.

Thomas Guien avec AFP
metronews.fr