« Il faut purger la situation par le seul recours valable : le recours au peuple souverain »

« Il faut purger la situation par le seul recours valable : le recours au peuple souverain »

En 2014, Marine Le Pen veut décrocher des élus locaux aux municipales afin de préparer, dit-elle, les échéances futures. En visite aujourd’hui à Evreux, la présidente du FN évoquera aussi la crise que traverse le pays.

Le gouvernement prépare des mesures pour la moralisation politique et les ministres devront publier leur patrimoine avant le 15 avril. Est-ce que cela va dans le bon sens ?
« N’est-ce pas plutôt une goutte d’eau dans l’océan des très mauvaises habitudes prises par la classe politique ? Il y a un problème d’exemplarité : ce n’est quand même pas très facile de se présenter comme le chef de la moralisation politique quand on a été condamné pour favoritisme. Il y a un problème de casting ! De la même manière, le PS est dirigé par quelqu’un qui a été condamné deux fois. Il y a des mesures à mettre en œuvre, comme les enquêtes préalables avant la nomination des hauts fonctionnaires et des ministres pour rechercher les éventuels conflits d’intérêts. Il faut aussi supprimer le cumul des mandats. Or, manifestement, les sénateurs et les députés y sont très opposés puisqu’ils forment le syndicat de défense des avantages acquis. »

Vous y êtes favorable ?
« Bien sûr. 80 % des élus condamnés pour des faits liés à l’exercice de leur mandat ou grâce à leur mandat sont des élus en situation de cumul. Je suis aussi favorable à l’inéligibilité à vie de ceux qui sont condamnés pour avoir, dans l’exercice de leur mandat, commis des délits touchant à la probité. »

Êtes-vous favorable à ce que les parlementaires publient leur patrimoine ?
« Cela ne changera rien. L’intérêt n’est pas de rendre public un patrimoine, l’intérêt est de comparer le patrimoine avant l’entrée en fonction et à la fin du mandat. La publication du patrimoine n’a aucun sens. S’il n’y a que cela, cela relève du voyeurisme. »

Cette crise morale ne traverse-t-elle pas l’ensemble du champ politique ? Jean-Luc Mélenchon estime par exemple que « la chaîne du mensonge commence au PS pour s’achever au FN ».
« M. Mélenchon ne paraît pas être le héraut de la moralisation. Il a été trente ans au PS, dont vingt-cinq ans comme sénateur. Je ne l’ai pas beaucoup entendu sur les affaires qui ont touché sa propre famille politique. Et en quoi serions-nous mis en cause dans cette affaire ? En quoi le fait qu’un de mes amis, avocat, ait fait un acte légal il y a vingt-cinq ans pour quelqu’un qui, à l’époque, n’était pas ministre du Budget, touche à la probité du Front National ? M. Mélenchon essaie, encore une fois, de se présenter comme le candidat anti-système pour faire oublier qu’il a participé à ce système pendant trente ans. Les comportements, à l’époque, n’avaient pas l’air de le choquer. »

Que doit faire le gouvernement : dissoudre l’Assemblée ?
« C’est le seul moyen de sortir par le haut. Il faut dissoudre l’Assemblée et rendre la parole au peuple. C’est purger la situation par le seul recours valable : le recours au peuple souverain. »

L’Accord national interprofessionnel, sur la sécurisation de l’emploi, est en discussion. Est-ce un bon accord ?
« Non, c’est un mauvais accord qui se fait au détriment exclusif des salariés. En réalité, le sens de cet accord est d’imposer la flexibilité qui est le « dada » de la Commission européenne et de l’idéologie ultra-libérale dans le but de gérer la pénurie. Nous avons des dirigeants qui sont incapables de protéger l’emploi, incapables de créer la richesse, alors ils gèrent la pénurie. Ce n’est pas cela que l’on attend d’eux. On n’attend pas les instructions du Medef étant entendu que Mme Parisot a été récipiendaire d’une série de compliments délivrés par le PS. »

Faut-il réduire les allocations familiales pour les familles les plus aisées ?
« Non. Je suis très attachée à l’universalité des allocations familiales. Les allocations familiales ne sont pas un système social. Elles ne sont pas là pour réparer les différences de revenus. Elles sont là pour mettre en place une politique nataliste. Si on ouvre cette boîte de Pandore, on va dire aussi que ceux qui gagnent plus de 4 000 euros par mois n’auront plus la Sécurité sociale et qu’ils paieront une partie de leurs soins. Et puis, après tout, ils n’auront plus l’école gratuite… Ce n’est plus du tout le modèle français. »

Comment jugez-vous la radicalisation dans le débat sur le mariage pour tous ?
« C’était l’un des dangers de ce débat, de voir des groupes qui se constituent et qui considèrent que la manière dont l’opposition s’exprime n’est pas suffisante. Je regrette qu’on parle en permanence des groupuscules d’extrême droite et qu’on nous présente comme l’extrême droite. Cela crée un amalgame avec nous alors que nous ne sommes strictement pour rien dans cette radicalisation. »

Donc vous dénoncez les actes de radicalisation ?
« Je les dénonce quand ils sont illégaux. Certains ne sont pas illégaux. »

Propos recueillis par stéphane siret s.siret@presse-normande.com

 

Source: Paris Normandie.fr